Une photographie de Rancinan bat un record!

9 Posted by - 5 June 2014 - News

La photographie française hissée au niveau international du marché de l’art contemporain.

L’artiste bat un record le 18 mai 2014 avec une vente chez Pillon d’une photographie grand format. L’œuvre « Le Festin des Barbares » numérotée 1/1 qui avait été présentée au Musée des Arts et Métiers s’est vendue sur le second marché 260 000€. Elle fait de Rancinan le photographe français vivant le plus coté.

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Le Festin des Barbares   © Gérard Rancinan

Parmi les photographes qui ne sont plus, il y avait Avedon avec son « Dovima with elephants » qui a été vendue 841 000€ en 2010. Chez les vivants, Cindy Sherman a vu son autoportrait « #96 » partir pour 2,85 millions d’euros en 2011, puis Andreas Gursky avec « Rhein II » adjugée à 3,1 millions d’euros la même année. La photographie d’art s’enflamme et suscite un intérêt grandissant chez les collectionneurs. La France, pays de la photographie, restait discrète… Jusqu’en mai dernier où une œuvre de l’artiste français Rancinan s’est vendue sur le second marché 260 000€ hors frais. « Le Festin des Barbares » dont la dimension monumentale de 235 x 350 cm, numérotée 1/1, a battu un record mondial pour un photographe français vivant. L’œuvre avait été exposée dans le cœur de la chapelle du Musée des Arts et Métiers en 2013 et clôture la série de l’artiste La Trilogie des Modernes qui parcourt les musées du monde. L’artiste répond à quelques une de nos questions.

Stéphanie Gibière – Etes-vous étonné de l’ampleur que prend la photographie aujourd’hui et de son résultat sur le marché de l’art contemporain ?

Gérard Rancinan – Rien d’étonnant depuis que l’art contemporain est devenu un art global ! Avant, chaque culture, chaque territoire développait sa propre identité artistique. L’art contemporain, pour la première fois dans l’histoire de l’art et de l’humanité toute entière, est devenu un art mondial. La photographie en est certainement l’expression la plus flagrante : elle est le medium de l’époque et celui qui parle à tout le monde. Tout le monde a des photographies chez soi, tout le monde en prend. La photographie est un langage universel, une mémoire solide dans une époque où tout s’accélère. Et je ne parle pas des références qui sont devenues communes : les mêmes appareils photographiques utilisés, les musées qui montrent les mêmes expositions, les écoles d’art dont les formations sont similaires…
La photographie suit en toute logique l’ampleur qu’a pris le marché de l’art contemporain, dans l’intérêt mondial qu’il suscite. Ceci démontre qu’elle est totalement reconnue comme œuvre d’art et devrais-je m’en plaindre, moi qui ai toujours œuvré en ce sens ?
La photographie d’art, même si je n’aime pas beaucoup cette définition, n’est pas un simple papier imprimé, mais est un éclat de la pensée de l’artiste, c’est ce que les collectionneurs veulent acheter et c’est ce qui vaut le plus cher.

SG – Votre photographie bat un record de vente pour un photographe français. C’est une consécration ?

Gérard Rancinan – Ce n’est pas la première fois que je vends des photographies en grand format et à des prix importants. La plupart du temps, cela passe par mes galeristes où les ventes restent confidentielles. Pour cette photographie « Le Festin des Barbares », cela a été très vite sur le second marché et le fait que cela passe en salle de vente, le prix est devenu public. Pour moi, c’est une confirmation des valeurs de mes photographies en grand format. 
Je suis un insatisfait magniaque, alors vous savez la plus grande reconnaissance pour moi, ce n’est pas seulement le prix de l’œuvre, mais surtout de savoir que quelqu’un y porte un intérêt tel qu’il l’achète à ce prix là ! La consécration, je n’ai jamais su ce que c’était. Ma première photographie a été publiée sur 5 colonnes à la Une d’un quotidien alors que j’étais très jeune et fier et le lendemain, elle a servi pour emballer du poisson. J’ai reçu quelques prix et décorations, des « récompenses » comme l’on dit, mais la plus grande de toutes, c’est celle de l’intérêt du public et des collectionneurs, car ce sont eux qui me poussent à aller plus loin… Ce qui me touche particulièrement, c’est de savoir que tous les gens qui me suivent depuis des années, collectionneurs, galeristes, curateurs… peuvent penser qu’ils ne se sont pas trop trompés en achetant ou en présentant mon travail.

SG – Enfin, 260 000€ une photographie, cela ne vous fait pas tourner la tête ?

Gérard Rancinan – Ah, je vous vois venir ! Mais vous savez, je ne touche que les droits de suite, rassurez vous. Je vous sens fébrile…

SG – Oh pas du tout ! Mais n’esquivez pas ma question : cela pourrait-il vous faire tourner la tête ?

Gérard Rancinan – Je vous l’ai dit : jusque là, rien d’anormal. Je veux dire par là que si je considère le marché de l’art contemporain aujourd’hui, je ne vois pas pour quelle raison mon travail ne serait pas au niveau de celui d’autres photographes internationaux. Vous savez, moi je n’ai pas de complexe français ! Je viens de loin, ces ventes légitiment tout un parcours fait de prises de risques, de partages avec toute une équipe, de développement de pensées avec des écrivains, des intellectuels, des productions de projets extraordinaires sur des années… Non vraiment la seule chose qui puisse me faire perdre la tête, c’est l’élaboration de ma prochaine action artistique, je veux dire photographique.

SG – Vous allez représenter la France dans un Musée d’art contemporain à Shanghai en septembre prochain, dans le cadre du Cinquantenaire des relations diplomatiques franco-chinoises. Vous qui êtes souvent critique par rapport à l’institutionnalisation de l’art et le monde de l’art contemporain, n’êtes-vous pas en porte à faux avec vos idées ?

Gérard Rancinan – On ne se moque que des gens qu’on aime !

Stéphanie Gibière 
Paris, 3 juin 2014

Publié sur ZIGZAGBLOG.COM le 4 juin 2014